En votant dans quelques semaines, les militants socialistes ne vont pas seulement choisir qui nous représentera à l'élection présidentielle de 2007. Ils décideront, si la gauche l'emporte, qui accédera à la Présidence de la République, exercera les plus hautes responsabilités de l'Etat, aidera la France à affronter les défis qui l'attendent et entraînera le pays vers un nouvel avenir.
Les socialistes ont une responsabilité particulière. C'est sur nous que repose la capacité d'affronter la droite et de la battre, d'ouvrir une alternative à sa politique, de rassembler la gauche et de constituer une majorité solide et cohérente.
Le débat qui va précéder le vote de désignation devrait permettre d'éclairer le choix. Nous le souhaitons digne et respectueux entre les candidats et à l'égard des militants, que nous voulons laisser libres de leur vote.
Nous avons souhaité la candidature de Lionel Jospin à l'élection présidentielle pour ses qualités d'homme d'Etat, son expérience et sa capacité à diriger le pays, que personne n'a d'ailleurs remise en cause, sa volonté de rassembler la gauche et de porter les valeurs et le projet des socialistes. Nous nous sommes retrouvés dans sa vision des enjeux de l'élection de 2007, dans sa conception exigeante du dialogue démocratique avec les citoyens et du rôle du Parti. Lionel Jospin avait souhaité qu'un certain nombre de conditions soient réunies, au premier rang desquelles le rassemblement. Ce rassemblement ne s'étant pas produit au moment du dépôt des candidatures, il n'est pas candidat. Nous respectons sa décision.
Mais la vision qu'il a donnée des grandes questions demeure présente, comme les questions stratégiques que nous avons posées avec lui. Comment rassembler la gauche ? Quel rapport doit s'établir entre le candidat et le PS pour créer une dynamique de victoire ? Sur quelles forces sociales faut-il s'appuyer dans le pays pour gagner ? Quelle analyse faisons-nous de la candidature de Nicolas Sarkozy ? Croyons-nous qu'il faut le suivre sur ses thèmes ou estimons-nous que c'est d'abord sur notre projet de société et notre conception de la République que nous devons mener campagne face à la droite ?
Comme tous les adhérents, nous serons attentifs au débat entre les candidats et nous aurons l'occasion d'exprimer notre point de vue, mais par delà le choix entre l'un(e) ou l'autre, cette période de désignation sera utile au Parti socialiste si elle est mise à profit pour clarifier les questions décisives dont dépend la victoire.
Le peuple est inquiet et désorienté par les mutations qui s'opèrent dans la vie sociale et à l'échelle de la planète. Il refuse massivement la saignée libérale que la droite veut appliquer mais il a du mal à percevoir comment notre modèle social peut faire face à la déferlante de la dérégulation et de la nouvelle compétition internationale. Il voit voler en éclats les fondements de notre pacte républicain sous les coups répétés de la ségrégation sociale, de l'exclusion et des discriminations. Dans une mondialisation sans règles, il s'interroge sur l'Europe et voudrait qu'elle soit le prolongement efficace de la Nation. Il a perdu confiance dans la force et dans la sincérité de la politique et des partis sans lesquels pourtant, il n'est pas de vie démocratique, même si la vitalité de notre démocratie ne se réduit pas à eux seuls.
Voilà ce qui rend le rendez-vous électoral du printemps 2007 littéralement exceptionnel ! Voilà ce à quoi les socialistes doivent répondre ! Ce choix est d'abord un choix politique.
Car c'est bien notre identité socialiste et plus largement celle de la gauche qui est mise à l'épreuve à l'occasion de la prochaine élection présidentielle.
Nous sommes convaincus qu'il nous faut rester fidèles au projet socialiste, et mettre au c½ur de la campagne les questions essentielles sur lesquelles la gauche doit proposer des politiques nouvelles au pays.
Nous aurons à faire face à des défis importants : pour mettre en ½uvre une vraie stratégie de croissance, d'emploi, de relance des salaires et du pouvoir d'achat, en tirant profit et leçons des cinq années du gouvernement de Lionel Jospin ; pour redynamiser la recherche et l'innovation dont dépendent les emplois de demain ; pour faire de l'écologie et du développement durable un véritable cadre dans lequel s'inscriront nos politiques publiques, afin de renouveler notre modèle économique actuel dont les limites génèrent aujourd'hui inégalités sociales, chômage et croissance atone.
Il nous faudra aussi répondre à des questions majeures pour l'avenir de notre société : comment promouvoir le progrès face aux idéologies du déclin et du refus de la science ; comment casser les ghettos et aménager différemment les territoires, assurer la mixité sociale, le droit à un logement décent pour tous et le vivre ensemble dans une République refondée ; comment redonner confiance à la jeunesse et améliorer notre système de formation et d'enseignement ? C'est à la gauche encore qu'il reviendra de restaurer l'autorité de l'Etat, de réformer nos institutions, de revitaliser la démocratie, de renforcer le Parlement et d'instaurer la responsabilité de l'exécutif. Enfin, c'est la gauche qui devra porter l'ambition de relancer l'Europe par des projets communs et de redonner à la France une voix forte et respectée au service d'une mondialisation régulée et juste. C'est à toutes ces questions que les socialistes doivent répondre.
Bien sûr la gauche ne doit esquiver aucune question. Elle doit montrer qu'elle est porteuse de meilleures réponses que la droite y compris sur les questions d'immigration et de sécurité. Mais elle n'a pas à se laisser entraîner dans une campagne centrée sur le terrain et les thèmes choisis par l'adversaire. Partout en Europe la droite essaye d'utiliser ces deux sujets pour mettre la gauche en difficulté et éviter la confrontation sur sa politique économique, sa politique d'injustice fiscale, de démantèlement des protections sociales, de précarisation des droits et d'atteintes aux services publics. Elle entraîne les sociétés dans des dérives dangereuses qui confortent les mouvements populistes et l'extrême droite avec lesquelles elle finit parfois par s'allier, quand elle ne pousse pas la gauche à de grandes coalitions qui neutralisent ses marges d'action et étouffent le choix démocratique.
Nos débats des prochaines semaines doivent aider à clarifier l'orientation de la campagne, permettre de la recadrer autour du projet socialiste, de réaffirmer le lien entre candidat(e) et projet, entre candidat(e) et parti.
Ne nous écartons pas des valeurs qui sont les nôtres, ni du projet qui nous a rassemblés, qui a été voté par les militants et qui nous engage tous à l'égard du pays et des citoyens. Notre campagne doit être placée sous le sceau du respect des engagements pris, de la restauration de la crédibilité de la parole politique, du « faire ce que l'on dit et dire ce que l'on fait ».
Notre candidat(e) devra être porteur de nos valeurs et de nos propositions, et devra rassembler la gauche ce qui n'est jamais facile, encore moins aujourd'hui qu'hier.
Il aura besoin du Parti, de tout le Parti, car il est un instrument indispensable pour la victoire. Demain encore, il sera indispensable pour soutenir la politique de la gauche après la victoire.
Pour gagner l'élection, nous ne ferons pas l'économie d'une confrontation entre la gauche et la droite, projet contre projet, bilan contre bilan, conception de la société contre conception de la société.
Militants socialistes, nous sommes et nous serons en toutes circonstances au service de nos convictions et du candidat désigné par les militants, avec pour seul objectif d'être utile à la gauche et au pays. Il est pour nous un choix qui surpassera toujours tous nos débats internes : le choix de l'unité des socialistes autour de notre candidat(e) et du rassemblement de la gauche pour la victoire et pour créer les conditions de la réussite dans la durée.
Parce que tels sont notre responsabilité et notre devoir de victoire.